• Nouveau
tract « Travailleurs, vous êtes trahis ! », écrit par Bataille en collaboration avec Lucie Colliard et Jean Bernier, mars 1936
search
  • tract « Travailleurs, vous êtes trahis ! », écrit par Bataille en collaboration avec Lucie Colliard et Jean Bernier, mars 1936

SURRÉALISME

TRAVAILLEURS, VOUS ÊTES TRAHIS !

À CEUX QUI N'ONT PAS OUBLIÉ LA GUERRE DU DROIT ET DE LA LIBERTÉ

tract « Travailleurs, vous êtes trahis ! », écrit par Bataille en collaboration avec Lucie Colliard et Jean Bernier, sans mention de Contre-Attaque.

Par contre, il était fait mention d’un « Comité contre l’Union sacrée » dont le bureau provisoire comprenait, outre les trois rédacteurs du texte, Jean Dautry, Gaston Ferdière et Georges Michon, les adhésions et souscriptions étant reçues au domicile de Lucie Colliard. Le texte fut repris, notamment, dans La Révolution prolétarienne (n° 219, 25 mars 1936). La publication de ce tract entraîna une mise au point des surréalistes enregistrant « avec satisfaction » la dissolution du groupe Contre-Attaque, en raison de ses « tendances dites 'surfascistes'», par référence à la volonté de Bataille d’utiliser certaines des armes du fascisme pour mieux le combattre. (voir)

format : 26,8 x 21 cm
recto seul

édition originale

180,00 €
TTC
Quantité

A CEUX QUI N'ONT PAS OUBLIÉ LA GUERRE DU DROIT ET DE LA LIBERTÉ

Travailleurs, vous êtes trahis !

Développant partout les restrictions et l'angoisse, le nationalisme étend peu à peu sa nuit sur toute la Terre. AU NATIONALISME AGRESSIF DES PAYS PAUVRES, REPOND, DANS LES PAYS RICHES, LE NATIONALISME DE LA PEUR. Aveuglés par l'avidité et la panique, les troupeaux humains, par millions, sont prêts à s'entretuer.

Dans cet affolement de la nature humaine tout entière, quelles voix font entendre ceux qui s'étaient dressés autrefois avec la résolution de délivrer le monde de ses sanglantes pratiques militaires ?

Nous nous rappelons que les masses humaines ont été une fois soulevées par le parti communiste opposant au capitalisme et à sa guerre l'arme brisante du défaitisme révolutionnaire.

Une confusion nouvelle semble s'ajouter aujourd'hui à la stupeur générale. Sous prétexte du maintien de la paix, ceux qui s'élevaient jusque-là contre la guerre sont ouvertement entrés dans l'un des camps. L'Humanité enregistre aujourd'hui sans réserves le message belliqueux de Sarraut. Elle répond à cet appel par un mot d'ordre abject : L'UNION DE LA NATION FRANCAISE. 

La guerre entre les chiens impérialistes soulevait le dégoût : les communistes s'emploient aujourd'hui à la camoufler en croisade. Ils brandissent sur un monde accablé le drapeau d'une croisade anti-fasciste : annonciateur d'une duperie sanglante...

Dans la nuit où toutes choses humaines déraillent lentement, les communistes se sont réduits au rôle de défenseurs du statu quo fixé à Versailles. Ils se préparent à servir demain d'aboyeurs à l'Etat-Major français, quand cet Etat-Major enverra au poteau tous ceux qui n'auront pas oublié ce qu'ils ont lu dans L'Humanité d'hier.

L'armée allemande envahit aujourd'hui une région allemande au mépris des traités... Conformément aux mêmes traités, l'armée française, en 1923, envahissait la Ruhr. La forfanterie illégale de Hitler répond à la brutalité légale de la France. Les policiers de Versailles et de la Ruhr, afin de mieux assurer la sécurité française, ont accouché l'Allemagne de Hitler ! NOUS N'AVONS RIEN DE COMMUN AVEC LA DEMENCE INFANTILE DU NATIONALISME ALLEMAND, RIEN DE COMMUN AVEC LA DEMENCE SENILE DU NATIONALISME FRANÇAIS.

Dans ce monde obscur, où se heurtent des stupidités qui se composent et se complètent l'une l'autre, nous ne pouvons que nous reconnaître formellement étrangers.

Lorsque M. Sarraut refuse de « laisser placer Strasbourg sous le feu des canons allemands », nous comprenons que nous sommes situés en dehors d'un monde où une telle phrase peut être énoncée sans soulever la répugnance et même le rire (1).

Lorsque Staline couvre de son autorité l'armement français, lorsque Radek excite les nationalistes de ce pays à la haine de l'Allemagne, nous nous considérons comme trahis ; nous refusons d'emboîter le pas derrière ceux qui s'apprêtent au massacre mutuel.

Nous n'envisageons pas, dans ce premier texte, les conséquences pratiques et l'efficacité que l'action des masses donnera un jour à un tel refus. La lutte qui nous oppose au tumulte général, nous la mènerons jusqu'à la limite de nos forces. Mais quel que soit ce résultat, heureux, ou, pour un temps, misérable, nous maintiendrons face à l'abrutissement des nationalistes de tous pays, de tous partis, l'intégrité d'une volonté inaccessible à la panique. Nous méconnaissons les liens formels qui prétendent nous attacher à une nation quelconque : NOUS APPARTENONS A LA COMMUNAUTE HUMAINE, TRAHIE AUJOURD'HUI PAR SARRAUT COMME PAR HITLER ET PAR THOREZ, COMME PAR LA ROCQUE.

La réalité inébranlable et dominante de cette communauté sera maintenue même par une minorité d'hommes, au-dessus des crimes des nationalismes de tous les pays : jusqu'au jour où les peuples, épuisés par les déments qui les conduisent, reconnaîtront l'issue libératrice.

GEORGES BATAILLE, JEAN BERNIER, ANDRÉ BRETON, LUCIE COLLIARD, PAUL ELUARD, MAURICE HEINE, P. KAAN, MARCEL MARTINET, GEORGES MICHON, ALPHONSE MILSONNEAU, PIERRE MONATTE, JEAN ROLLIN, PIERRE RUFF, ANDRÉ WEILL.

[Mars 1936]

(1) Les Allemands, à bon droit, répondent : « M. Sarraut estime sans doute normal, et supportable pour une grande nation que Fribourg, Carlsruhe, Mannheim, Sarrebruck, Trêves et beaucoup d'autres villes allemandes se trouvent exposées au feu des canons français »